Les Chroniques de Marie Pierre

« Rien d’extraordinaire »
« Quand elles reviennent du camp, elles sont toujours enchantées. Et quand on leur demande ce qu’elles y ont fait, on sent bien que ce n’est rien d’extraordinaire, mais depuis trois ans qu’elles y participent, elles en redemandent chaque été. »

Ce sont les paroles d’une maman que j’ai invitée récemment à entrer dans le bureau de l’association. Voici comment elle parle du camp à ses amies qui l’interrogent et j’avoue que cette phrase a particulièrement retenu mon attention.

En trois ans, de départ de camp en réunion photo, j’ai eu le temps de les connaître un peu. C’est une maman soucieuse ; elle est attentive à l’épanouissement de ses deux filles, Hélène, l’aînée, réservée et fort sérieuse, adolescente attentive et responsable et Anne, sa cadette, expansive, spontanée dont le rire fait résonner les locaux du chalet dans lequel nous sommes hébergés chaque été depuis une dizaine d’année.

Cet été, de fortes douleurs dans le dos dues à des problèmes de croissance, ont empêché Hélène de participer aux randonnées dans la Maurienne prévues pour le groupe des grands (les lynx) auquel elle appartenait. Du coup, elle est restée au chalet et a joué un rôle inattendu, celui d’ « assistante animatrice » auprès des plus jeunes, rôle qu’elle a eu à cœur de remplir joyeusement alors que sa déception de ne pas pouvoir suivre ses amis était visible.

Anne, quant-à-elle, d’année en année, vient retrouver au camp les visages de ceux qu’elle n’a pas oubliés, avec qui elle correspond durant l’année dans des courriers enfantins qui marquent son enthousiasme à se remémorer les moments vécus l’été précédent: elle est notre mémoire. D’une année sur l’autre, elle nous rappelle les fous rires, les grands-jeux fabuleux, les veillées qui l’ont marquée et puis, elle fait le lien entre une équipe d’animation et l’autre…

En regardant ces filles grandir, en écoutant parler leur maman, je m’émerveille et je rends grâce. Voici plus de quarante ans que notre association, Saint Joseph des Tanneries placée sous le patronage du saint patron des familles, mène sa barque, contre vents et marées, dans l’esprit que ses fondateurs ont voulu donner à son projet éducatif. Ils sont nombreux, disséminés en France, les amis qui la constituent, cette famille de Saint Joseph des Tanneries. Ils sont venus un an, deux ans, dix ans, comme colons, animateurs, directeurs, parents, membres du bureau, ils ont été marqués par cet esprit particulier, par cette simplicité.

Vivre en famille, tout simplement. Voici le projet de nos camps. Il pourrait paraître simpliste ou désuet. C’est vrai, nous ne sommes pas trop « tendance » : si nous emmenons les jeunes en montagne, ce n’est pas pour leur faire découvrir les frissons du saut à l’élastique, du parapente ou de l’acrobranche… La bonne vieille rando, sac au dos, nous suffit !

Pourtant, à voir Hélène et Anne, chaque été au retour de camp, je me dis que ce qu’elles ont vécu, il faudrait que des centaines, que des milliers d’autres le vivent comme elles : tous ces enfants qui souffrent aujourd’hui dans des familles désunies, déstructurées, éparpillées… J’aimerais leur donner la chance, quinze jour en été, de prendre conscience que l’unité n’est pas une utopie. J’aimerais leur montrer que de jeunes animateurs sont prêts à donner leur temps bénévolement au service d’une vie communautaire harmonieuse. J’aimerais leur prouver que s’ils osent s’engager au service du groupe, ils s’enrichiront eux-mêmes, que s’ils se tiennent les coudes pour gravir ensemble le sommet difficile du Petit Mont-Cenis, ils verront les merveilles que notre Père fait pour ses enfants. Enfin j’aimerais qu’ils découvrent que si l’on met Dieu vraiment au cœur de la famille, elle reste soudée au-delà des conflits inévitables … J’aimerais… Le conditionnel est le temps de l’éspérance et avec des « si », on ne mettra peut-être pas Paris dans une bouteille, mais bien le Royaume de Dieu dans le cœur de nos jeunes !

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